Michaël Ciani : « Mon parcours peut être inspirant pour le club et la ville »

Ex-international français passé par les équipes de jeunes du Racing, Michaël Ciani s’est livré sur son parcours professionnel. Habitant dans sa jeunesse à quelques mètres du Stade Yves-du-Manoir, il revient sur ses souvenirs avec le maillot ciel et blanc.

Peux-tu te présenter pour les supporters du Racing ?

Je suis un ancien défenseur central, ex-international français de football.

J’ai pris ma première licence à l’ES Colombienne avant de faire trois saisons au Racing jusqu’à mes dix-huit ans. Ensuite, je suis parti un an en Belgique en D1 à Charleroi. J’étais en même temps international espoir français.

Puis, j’ai signé cinq ans à Auxerre mais je n’y suis resté qu’une seule saison. J’ai été prêté à Sedan en Ligue 2 où on est monté en fin de saison. La suite de ma carrière se passe à Lorient où je suis encore prêté par Auxerre. Au terme de la saison, Lorient m’a acheté et j’ai effectué deux années de plus là-bas. En 2009, je rejoins Bordeaux durant trois ans et je découvre la Ligue des Champions et l’équipe de France. En 2012, je m’envole pour l’Italie en signant à la Lazio de Rome.  Encore une fois pendant trois ans, avant de jouer en Espagne à l’Espanyol de Barcelone.

En 2016, je reviens un an à Lorient avant de traverser l’Atlantique pour jouer à Los Angeles Galaxy.

Durant ta jeunesse, quelle idée te faisais-tu du Racing toi qui a grandi à Colombes ?

C’était pour moi un bon club formateur pour les jeunes. Beaucoup de joueurs passés par là sont devenus professionnels. C’est un club qui gagnait chez les jeunes et qui évoluait dans les plus hautes divisions. J’ai commencé le foot à La Colombienne mais mon objectif était de rejoindre le Racing, un des clubs majeurs du 92.

Pourtant, tu n’as pas intégré le club dès ton plus jeune âge. 

J’avais fait des tests à l’âge de dix ou onze ans au Racing mais il n’y avait plus de place dans la catégorie pour intégrer le club. C’est le retour qu’on m’avait donné. Je voulais faire comme mon grand-frère mais je n’étais pas spécialement à fond dans le football. Alors j’ai fait de l’athlétisme au Racing. J’étais plutôt performant, j’aurais pu continuer mais je voulais faire du foot. J’ai pris une licence à La Colombienne. Ça s’est bien passé, je jouais attaquant. Lors de ma dernière saison, j’étais défenseur pour palier une absence et je m’en sortais assez bien. Je suis retourné faire des essais au Racing à l’âge de quinze ans et ça a été concluant.

Avais-tu déjà l’ambition de devenir footballeur professionnel ?

Ça a toujours été dans ma tête. Au départ tu joues pour le plaisir. A l’entraînement, j’ai toujours travaillé et su faire la différence entre le sérieux et l’amusement. Je savais qu’il fallait franchir des paliers. A La Colombienne, mon objectif était de jouer pour le Racing. Au Racing, je voulais jouer dans les meilleures divisions. A tel point que lors de ma dernière saison, j’ai disputé mes premiers matchs avec la nationale à l’âge de dix-sept ans. Le coach de l’époque était Jean-Guy Wallemme.

En arrivant au Racing, tu n’étais pas dans les premières équipes…

La première année, je n’étais pas tout le temps dans l’équipe A. Je jouais soit défenseur, soit attaquant, mais souvent en équipe B.

Comment as-tu réussi à t’installer en tant que défenseur central ?

Lors de ma deuxième saison au club, le coach s’appelait Kamel Djabour. Je me suis vraiment installé en équipe A. J’étais frustré de jouer défenseur central. Je suis descendu de deux crans.

Ma taille m’a aidé en gagnant beaucoup de duels de la tête. J’étais à l’aise avec le ballon, je n’étais pas trop perdu. Je faisais de bonnes performances mais j’étais un peu dégoûté. Je me suis habitué, avec le temps, et c’est resté comme ça.

Quels sont tes meilleurs souvenirs au sein du Racing ?

L’année en 17 DH, on était imbattable que ce soit à domicile ou à l’extérieur. On s’amusait bien, on avait un super groupe. On avait gagné le championnat avec un seul match nul et que des victoires. La dernière saison, on joue en 17 ans Nationaux, c’était plus compliqué mais ça restait plaisant.

Et bien sûr, le parcours en coupe Gambardella en 2002. On sort en quart-de-finale contre Grenoble. Sur l’un des tours précédents, on joue contre Sochaux sur l’olympique. C’était un super match avec pas mal de public. On gagne aux tirs-aux-buts. C’était une satisfaction de battre ce genre de club sachant que l’on n’était pas un club pro avec un centre de formation.

Michaël Ciani sous les couleurs du Racing !

Quel genre de défenseur étais-tu au cours de ta carrière ?

Rugueux. Bon de la tête. Je manquais de concentration mais j’ai beaucoup appris avec Christian Gourcuff à Lorient. J’étais assez dur sur l’homme. Je ne taclais pas beaucoup mais je savais me faire respecter sur le terrain. J’avais aussi ce côté leader. C’est pour ça que j’ai souvent eu le brassard de capitaine. Je n’élevais pas forcément la voix dans le vestiaire mais je savais emmener mon équipe sur le terrain.

Quel bilan tires-tu de ta carrière et quels sont tes meilleurs souvenirs ?

J’ai de la gratitude par rapport à tout ce que j’ai vécu. Je sais que ça n’est pas donné à tout le monde. Après coup, c’est facile de se dire qu’on aurait pu faire des choix différents.

Je suis assez satisfait. Même si ça a été court, j’ai été international français et c’est le rêve de tout footballeur. Jouer avec l’équipe de France n’est pas rien. J’ai joué des compétitions importantes qu’un joueur de foot peut rêver disputer.

J’ai évolué dans des pays différents, j’ai voyagé. J’ai plus de quatre-cents matchs pro, j’ai marqué pas mal de buts pour un défenseur donc je suis content de cette carrière et de faire partie des jeunes racingmen qui ont réussi.

Pour les souvenirs, encore une fois l’équipe de France, malgré le fait que beaucoup pensent qu’il s’agissait un cadeau empoisonné parce qu’on affrontait l’Espagne et que c’était la fin de l’ère Domenech. Ça reste une satisfaction et un honneur d’avoir porté le maillot bleu.

La première saison avec Bordeaux était magique. On fait quart-de-finale en Ligue des Champions, finaliste de la coupe de la Ligue. Saison pleine pour moi avec plus de cinquante matchs joués.

Je retiens aussi mon passage à la Lazio de Rome où dès la première saison, on gagne la finale de la coupe d’Italie dans le derby face à la Roma. Ce sont les meilleurs souvenirs.

Au vu de ton parcours, on peut considérer que tu es un exemple pour les jeunes car tu n’as pas eu un parcours classique. Ça donne de l’espoir.

C’est compliqué de penser comme ça. Je suis conscient de la réussite et de la chance que j’ai eue. Tous les joueurs ont à un moment donné une chance qui se présente à eux. Ils l’a saisissent ou pas.

La particularité dans mon parcours est que je ne sors pas d’un centre de formation. J’avais fait des tests à Marseille, Sochaux, des clubs qui me voulaient en CFA.

J’ai eu ce test pour aller à Charleroi avec les pros. Quand tu sors de Colombes et que tu as un premier contrat professionnel devant toi… tu sautes sur l’occasion. Ça a récompensé tous mes efforts avec le Racing.

La réussite est liée au travail. La patience et l’abnégation te font gravir des échelons.

A Auxerre, il y avait une énorme concurrence avec sept défenseurs centraux. C’était très compliqué pour moi de m’imposer. Mon sérieux et mon travail m’ont aidé à rebondir à Sedan.

J’ai un parcours atypique. Ce n’est pas un parcours tout dessiné où les gens se disent « lui va finir pro car il est dans un centre de formation ». Je me suis battu et j’ai eu la chance d’atteindre mes objectifs.

Justement tu fais partie des premiers à avoir eu un parcours atypique. Aujourd’hui, on en voit de plus en plus réussir sans forcément passer par un centre de formation.

Parce que les gens se rendent compte qu’il y a des joueurs de grande qualité dans les clubs amateurs. Prendre ces jeunes, les formater et les éduquer au travail et au professionnalisme.

Aujourd’hui, on n’a plus forcément besoin du centre de formation même si au centre, il y a des bases. Guy Roux me le reprochait à Auxerre. Je manquais selon lui de bases d’un centre de formation pour m’imposer. Ça se travaille. Si tu ne passes pas par un centre, tu auras plus de travail que les autres. Il faudra être plus patient.

J’ai vu beaucoup de joueurs meilleurs que moi, mais ils n’ont pas bondi sur la chance qu’ils avaient et ont manqué de patience et de rigueur. C’est souvent ça avec les jeunes parisiens qui veulent tout rapidement.

Quand tu ne sors pas d’un centre de formation, tout ne t’est pas donné sur un plateau Il faut aller chercher les choses C’est ce qu’il s’est passé avec moi.

Les conseils que tu pourrais donner aux jeunes ?

Continuer à travailler s’ils sont conscients de leurs capacités et de leurs possibilités. Ils doivent se donner à fond.

Il ne faut pas se mettre des barrières dans la tête en se disant que si je n’ai pas ça, je n’aurais rien d’autre. Non !

Si vous travaillez bien, vous aurez peut-être des chances, maigres certainement car un joueur sur cent réussi. Ça dépend de ce qu’il veut. Il faut se donner les moyens.

Tu es revenu fin 2018 au Racing pour être nommé parrain de la promotion 2012. Qu’est-ce que cela a représenté pour toi ?

C’est une reconnaissance de pouvoir apposer mon nom à une promotion. Mon parcours peut être inspirant pour le club et la ville. Ça donne de l’espoir aux jeunes.

Un dernier mot pour les supporters du Racing ?

Continuer à soutenir le Racing. Ça reste un grand nom. En espérant que ça redevienne un club comme ça l’a été par le passé. Ça se fera avec le soutien des supporters.

Supportez le club comme moi je le supporte. Allez Racing !

Interview par Dalil BOUCHAKOUR

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