140 ans du RCF : hommage au Stade Lucien Choine

En cette semaine de célébration des 140 ans de la naissance du Racing Club de France, nous nous devions de rendre hommage au Stade Lucien Choine, dont la grande histoire a pris fin cette année. Nous vous proposons aujourd’hui de revenir avec nous sur la folle épopée de ce terrain mythique.  De ces moments de gloire aux témoignages de ceux pour qui il a compté…

Pour comprendre le Stade Lucien Choine et la place que ce terrain tient dans l’histoire de notre club, il est nécessaire, comme bien souvent quand on parle du Racing, de remonter dans le temps. Plus d’un siècle en arrière. Nous sommes alors en 1922, la 33e édition des Jeux Olympiques doit se tenir dans la capitale française deux ans plus tard et la ville de Paris tergiverse toujours face au coût relativement élevé de l’organisation de l’événement. Alors que certains hommes politiques commencent à évoquer Lyon comme possible solution de repli, c’est le Racing Club de France, le club phare du paysage sportif hexagonal de l’époque, qui va sauver les jeux dans la ville lumière et imposer Colombes comme le principal site de la compétition. Il prendra également à son compte, avec le Comité National des Sports, le financement des travaux. Le résultat de cette collaboration, un stade olympique de 65 000 places dont 20 000 assises. Conçue par l’architecte Faure-Dujarric, l’enceinte est dotée d’équipements à la pointe de la modernité pour l’époque, éclairage électrique, eau chaude, chauffage. Des vestiaires pouvant accueillir jusqu’à 1200 sportifs sont aménagés ainsi que plusieurs salles de presse sous les gradins.

C’est à la fin de ce chantier pharaonique, que le Stade Lucien Choine, baptisé du nom du premier Président de la section football et vice-président de l’omnisport (1870-1952), devient l’annexe officielle du tout nouveau Stade Yves-du-Manoir. Une place en coulisse qui se révèlera essentielle dans la longue histoire sportive du complexe. Au service du football, plus de 80 matchs internationaux se tiendront à Colombes et c’est sur la pelouse du Choine que de nombreux grands noms de notre sport, comme Lev Yachine, Ferenc Puskàs ou encore Di Stéphano répèteront leurs gammes les jours précédant le coup d’envoi. Assez pour se forger sa propre légende.

Lev Yachine lors de son échauffement sur le Choine avant France-Union Soviétique 1956.

Pendant plus de 50 ans, des années 30 prolifiques en titres, en passant par les années 60 marquées par le duel à distance avec le Stade de Reims, jusqu’à la dernière épopée en première division dans les années 80, le Choine va également accompagner le football au Racing dans toutes ses aventures au haut niveau.

Alim Ben Mabrouk, capitaine et joueur emblématique de la période Matra se rappelle de la place que tenait encore l’annexe officielle à son époque. « Les autres terrains n’étaient pas de très bonne qualité, le groupe pro’ était toujours très content de pouvoir s’entraîner dessus. Je garde le souvenir de beaucoup de travail et de souffrance sur cette petite pelouse mais également de moments plus sympathiques. Une année, nous avions même organisé la traditionnelle séance photo de début de saison sur le Choine ! Un super souvenir. »

Pour Alain Rousset et Didier Baudry, deux supporteurs historiques du club, ce sont les rencontres de la réserve, avec des professionnels en reprise, qui ont été les plus marquantes pour la petite tribune du temps de la présidence de Jean-Luc Lagardère. « Pierre Littbarski, international allemand, y a joué quelques matchs avec la DIII (…) Il y a aussi eu cette rencontre pour le retour à la compétition de Luis Fernandez après une grave blessure. La tribune était pleine à craquer, il y avait même la télévision… »

Fernandez, titulaire sur le Choine.

Les décennies suivantes éloignent le Racing de l’effervescence des joutes professionnelles mais le Choine garde une place importante dans le fonctionnement du club. Il s’est en effet imposé comme un outil pédagogique de premier ordre pour nos éducateurs. C’est dans ce rôle, fortement lié à la formation, qu’il va définitivement entrer dans le cœur de plusieurs générations de jeunes Racingmen.

En écoutant Didier Jousse parler du Choine, c’est un discours empreint de poésie que nous tient ce grand formateur du football qui cumule près de 35 ans de coaching en Ciel et Blanc : « Le Choine est une figure éternelle du Racing. (…) Combien d’entraînements, de matchs ont été organisés sur ce terrain, combien de joueurs et d’entraîneurs ont arpenté ce mur d’enceinte mythique témoin silencieux de ces centaines de Racingmen en chemin vers les terrains annexes. » L’émotion et l’attachement, nous les retrouvons, tout autant, dans les propos de Julien Simoeys, 38 ans, ancien joueur et aujourd’hui éducateur au club, « le Choine, j’y ai passé des moments inoubliables. Quand on a joué sur ce terrain avec ce maillot Ciel et Blanc, on est marqué au fer rouge. (…)  Je me rappelle notamment d’un match contre le PSG, une affiche prestigieuse. Nous l’avons emporté (3-0) avec une maîtrise collective incroyable. Beaucoup de gens du club étaient dans les tribunes, beaucoup d’enfants également. Nous étions tous au même endroit, nous ne faisions qu’un à ce moment. » 

Philippe Badon, 65 ans, est un grand passionné du Racing, virus qu’il a hérité de son père. Celui qui est, encore aujourd’hui, le speaker officiel du club, témoigne de la spécificité des gradins du Choine qui permettaient, « une grande proximité des spectateurs avec les acteurs du jeu. (…)  Quand Armand Bouzaglou est arrivé au Racing en tant que joueur, combien de fois je l’ai vu filer le long des fameux troènes plantés au bord terrain. Après les matchs, je lui disais, Armand, je crois que les défenseurs te cherchent encore ! » 

C’est sans doute dans cette atmosphère particulière, de celle qui provoque cet esprit de corps entre les joueurs et le public, qu’il faut trouver l’explication de cette marque indélébile laissée par ce simple terrain dans l’esprit de beaucoup de jeunes joueurs, quand bien même ces derniers sont devenus, par la suite, de grands champions. Michaël Ciani, ancien footballeur professionnel et international français, se souvient du terrain de ses débuts. « Le Choine, c’était l’endroit où toutes les équipes élites jouaient. J’y ai fait mes premiers matchs de 17 ans Nationaux. C’est aussi la dernière pelouse que j’ai foulée avant de signer professionnel donc ça a quand même une certaine valeur pour moi. Ce sont de très beaux souvenirs ».

Des bons souvenirs sur le Choine, Alain Lemoine en a également beaucoup, lui qui a tout connu avec le Racing, de joueur à responsable technique ou encore adjoint au centre de formation. C’est avec énormément d’orgueil et de fierté qu’il nous parle de « ce stade à l’anglaise » qui a longtemps été pour lui « la meilleure pelouse de l’Île-de-France ». Plus qu’un terrain de football, Alain, le considère comme le symbole de la formation au Racing. « Tous les gamins rêvaient de jouer dessus, c’était un signe d’accomplissement dans ta carrière de Racingman. Cela se méritait. »  Un statut particulier, confirmé par Didier Jousse qui nous rapporte ainsi les propos de Jean-Marie Lawnicziak répondant à un éducateur désireux de voir son équipe jouer sur le Choine en récompense d’une saison couronnée de succès. « Dites à vos joueurs que s’ils rêvent de jouer un jour sur le Choine un seul chemin peut les y mener, réussir à intégrer l’équipe première ! ». Mémoire d’une époque où les méthodes de transmission du savoir et l’ensemble des efforts nécessaires à l’apprentissage ne se négociaient pas. Le prestige s’incarnait dans la tradition placée à un niveau supérieur, inamovible.

Enfin et dans le souci de rester fidèle aux propos qui nous ont été rapportés, il nous reste à évoquer les nombreuses petites histoires de vie, imbriquées les unes aux autres, qui scellent définitivement la dimension particulièrement humaine qu’avait acquis ce lieu unique au fil du temps. « Personnellement, j’ai assisté à quelques rencontres en compagnie de mon grand-père, de mon père et de mon fils alors jeune licencié. Il y avait quatre générations derrière la main courante ». Pour Didier Jousse comme pour beaucoup, le Choine, c’était aussi un rapport particulier à nous-même et à ceux qui nous sont proches. Quoi de plus normal quand on parle d’un stade qui a rassemblé autant de personnes, pendant si longtemps, autour de la même passion du Racing et du football.

Philippe Badon nous explique ainsi que « Si l’Olympique a toujours représenté pour moi le prestige, le Choine, lui, c’était la convivialité. Pour aller à la caisse, il fallait traverser toute la tribune et passer devant chaque spectateur. Elle favorisait la proximité entre les gens. De nombreuses et très belles histoires d’amitiés se sont nouées de cette façon. Aujourd’hui, beaucoup de personnes que j’ai personnellement connues dans cette tribune ont disparu mais elles restent profondément ancrées dans ma mémoire. Je pense beaucoup à eux… ».

Une victoire 4-1 pour la réserve pour le dernier match officiel du Racing dans ce mythique écrin.

Le Choine, terrain annexe, bien qu’officiel, avait été construit pour demeurer dans l’ombre de son voisin olympique. Pourtant, tout comme les jeunes joueurs qui ont bataillé pour atteindre l’équipe première et avoir la chance de fouler sa pelouse, ce « petit stade » a fini par s’accomplir entièrement dans l’esprit de beaucoup d’entre nous. Alors que le nécessaire besoin de se tourner vers l’avenir a provoqué la fin de notre histoire commune, nous sommes aujourd’hui les garants de son souvenir, pour que ne disparaisse jamais ce pourquoi nous l’avons tant aimé.

Comme l’a écrit Grégoire Lacroix, mieux vaut un souvenir nostalgique que l’oubli total de beaux moments que l’on a vécus… 

 

Article réalisé par Baptiste Boulfort.

Un remerciement appuyé au groupe collaboratif « Les Anciens du Racing Club de France Football », ressource inépuisable en ce qui concerne l’histoire des Ciel et Blanc.

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