Joe Gaetjens, l’étoile filante de la Coupe du Monde 1950…

Lundi dernier, nous avons célébré les 70 ans d’un des évènements les plus marquants de l’histoire de la Coupe du Monde de football, la victoire historique de la sélection des Etats-Unis face à l’Angleterre en 1950. Derrière cet exploit, un homme, Joe Gaetjens, Racingman lors de la saison 1951-1952. Si son passage au Racing n’a pas véritablement marqué l’histoire du club, il nous donne aujourd’hui l’occasion de vous conter l’histoire atypique de ce footballeur haïtien qui a inscrit son nom au Hall of Fame du sport américain.

Joe Gaetjens voit le jour le 19 mars 1924 en Haïti. Son père d’origine allemande est le fils d’un émissaire du commerce envoyé par le Roi de Prusse dans la petite République des Caraïbes. Le jeune homme vit une enfance prospère dans une famille faisant partie de l’élite coloniale du pays. Il commence le football très jeune au sein d’un des clubs phares du pays à l’époque l’Étoile Haïtienne. En 1944, il participe avec l’équipe nationale au tournoi des 4 nations de 1944.

Quelques années plus tard, grâce à une bourse d’étude, le jeune homme immigre aux Etats-Unis afin de poursuivre ses études au sein de la très prestigieuse Université de Columbia. Là-bas, l’attaquant attire toutes les convoitises après ses 42 buts marqués en 64 rencontres avec son nouveau club de Brookhattan basé à New-York. Ses performances hors normes finissent tout naturellement par attirer l’attention la Fédération américaine de « soccer » en vue de la Coupe du Monde 1950 qui se profile déjà au Brésil. Pourtant, Joe n’a pas la nationalité américaine, il faudra toute l’influence du capitaine de la sélection des « Stars and Stripes », Walter Bahr, pour que le jeune haïtien soit autorisé à participer à la compétition après une promesse de naturalisation signée à la hâte. Placés dans le groupe « B », les Etats-Unis n’auront pas la tâche facile au sein d’une poule regroupant l’Espagne, le Chili et l’Angleterre. C’est le 29 juin 1950 que la légende de Joe Gaetjens va s’inscrire à jamais dans l’histoire du sport américain. Pour leur deuxième match dans la compétition et après une première défaite 3 buts à 1 face aux espagnols, la sélection étasunienne s’apprête à affronter l’ogre anglais, l’un des grands favoris de la compétition. Le début de match est difficile, les joueurs américains souffrent logiquement face à la pression des « Three Lions ». Pourtant, à la 37e minute de jeu, sur l’une des premières incursions américaines dans la partie de terrain anglaise, Joe est à la réception d’un tir dévié de son capitaine Bahr. Grâce à une tête plongeante magistrale, l’attaquant ouvre le score à la surprise générale. Stupeur dans le camp anglais. Ce but plein d’opportunisme sera celui de la victoire. En effet, après une fin de match héroïque des américains, le petit avantage est préservé jusqu’au coup de sifflet final. L’exploit est bien là, les Etats-Unis s’adjugent une victoire historique.

La défaite face au Chili pour le dernier match de poule (5-2) et l’élimination logique qui en découle n’enlève rien à la performance de la sélection qui restera à jamais gravé dans le cœur de tous les amoureux du « soccer » sur le nouveau continent.

C’est un an plus tard, et après un passage par le New York BFC, que Joe Gaetjens débarque en France pour devenir Racingman lors de la saison 1951-1952. Un court passage marqué par uniquement quatre matchs disputés pour deux buts inscrits dans le Championnat de France de première division. L’année suivante, l’attaquant s’engage à Alès en D2 avant de retourner en Haïti pour terminer sa carrière de joueur.

Joe Gaetjens avec le maillot du Racing en 1951.

Devenu entrepreneur, Joe Gaetjens connaitra une fin tragique. Le 8 juillet 1964, il est arrêté par la police secrète des « Tontons macoutes » et présumé mort quelques jours plus tard. Cette milice chargée d’assurer la sécurité du Président François Duvalier qui avait prit le pouvoir dans le pays en 1957, était constituée de plusieurs milliers d’hommes acquis à la cause du dictateur. Ils sèmeront la terreur dans tout le pays pendant des décennies commentant de terribles exactions sur la population civile. « Les Tontons macoutes » ne seront dissout que bien des années plus tard en 1986 après la chute de Duvalier « fils » qui avait prit la succession de son père quinze ans plus tôt.

Cette fin tragique et mystérieuse n’effacera pas le souvenir de Joe Gaetjens de la mémoire collective de son pays d’adoption. En 1976, le footballeur est intronisé au sein du temple de la renommée du football, le Hall of Fame du soccer américain. Un évènement et une reconnaissance toute particulière pour un sportif étranger, car malgré sa performance incroyable à la Coupe du Monde, Joe n’est jamais devenu citoyen des États-Unis…

Article par Baptiste Boulfort.

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